par Marie-Charlotte NOUHAUD, maire d’Avon
Madame la Conseillère régionale,
Madame la Conseillère départementale,
Monsieur le Président de la Communauté de communes,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs les représentants des autorités militaires et
civiles,
Mesdames et messieurs les représentants des associations patriotiques,
Mesdames et messieurs,
Avant le déclenchement de la grande catastrophe que fut la Première
Guerre mondiale, Avon était une petite ville d’un peu plus de 3 000
habitants blottie entre Fontainebleau et la forêt.
En 1914 les Avonnaises et les Avonnais étaient artisans,
blanchisseuses, bûcherons et surtout maraichers.
Albert BOUÉ était l’un de ceux là. Albert est né dans le domicile familial
à Avon le 18 septembre 1890. Lorsqu’il a passé le conseil de révision l’année
de ses 20 ans, les militaires ont remarqué le « teint coloré » du
visage d’un jeune homme qui travaillait dehors. Bon pour le service Albert a
été affecté en 1911 dans la cavalerie, au 1er régiment de dragons.
Libéré en 1913, Albert n’a pas eu le temps de profiter beaucoup de la vie
civile puisqu’il est affecté dans un bataillon de chasseurs à pied lors de la
mobilisation le 3 août 1914. Albert est tué au combat lors de l’éclatement
d’une grenade le 1er septembre 1916 dans la Somme, un peu avant
d’avoir 26 ans.
Albert avait un jeune frère, Marcel, né lui aussi à Avon le 15 novembre
1891. Marcel était lui aussi maraicher. Marcel avait comme son frère le teint
coloré. Marcel avait une fossette au menton.
Marcel était comme son frère « bon pour le service » et il a
été incorporé au 89e régiment d’infanterie, à Sens, le 9 octobre
1912. Suffisamment instruit il devint soldat de 1e classe puis
caporal le 8 novembre 1913.
Marcel est encore sous les drapeaux lorsque la guerre éclate ; il
est de tous les combats. Marcel est porté disparu en avril 1918, au moment où
les armées alliées subissent le déferlement d’une armée allemande qui jette
dans la bataille toutes ses forces dans une ultime tentative de percée. Marcel
BOUÉ grièvement blessé est mort peu avant l’Armistice, le 21 octobre 1918, dans
un hôpital du département du Nord.
Etienne BOUÉ et son épouse Marie-Clémentine ont perdu deux fils pendant
la Grande Guerre. Deux fils inhumés dans des cimetières lointains. Deux fils
réunis seulement par leurs noms gravés sur le monument qui est derrière moi.
Albert, Marcel, Etienne et Marie-Clémentine sont le symbole des
immenses souffrances engendrées par la guerre. Souffrance du soldat, souffrance
du blessé, souffrance de l’agonisant sur son lit d’hôpital... mais aussi
douleur des parents.
Depuis 1920 les Avonnais commémorent ici les soldats « morts pour
la France ». Pensons aussi à la souffrance des survivants qui se
réunissaient devant ce monument pour se souvenir, ensemble, de leurs fils,
époux, pères, frères morts pour la France, morts pour que cette guerre soit la
dernière des guerres.
Comme tous les villages et toutes les villes de France, Avon s’est vêtu
de noir pendant des décennies. Du noir du deuil des veuves et des orphelins.
Qu’ils soient aussi associés à notre souvenir.