La France a fait le choix de suspendre le service national mais n'a pas voulu priver ses jeunes de connaissances sur les principes et les réalités de la défense de la France, des Français et des valeurs de la République. Le parcours de la citoyenneté, qui a remplacé l'appel sous les drapeaux, comprend le recensement de tous les jeunes de 16 ans, l'enseignement de la défense (à l'école, au collège et au lycée) et la journée défense et citoyenneté (JDC, ex-JAPD). Ce blog est consacré à l'enseignement de la défense au Lycée Uruguay-France, à l'histoire militaire de la région d'Avon et de Fontainebleau, au devoir de mémoire, aux relations entre les armées et la nation, et aux métiers proposés par les acteurs de la défense.

23 janvier 2012

27 janvier : Journée de la mémoire de l'Holocauste et de la prévention des crimes contre l'humanité

"La France a retenu la date du 27 janvier, anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz, pour cette journée de la mémoire."


Lire à ce sujet notre note du 22 janvier 2011


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11 novembre 2011

Cérémonie du 11 novembre 2011 à Avon

A Avon, la cérémonie du 93e anniversaire de l'armistice du 11 novembre 2011 a été placée cette année sous le signe de la jeunesse.


Des enfants des écoles primaires d'Avon ont déposé des bouquets sur les sépultures des Avonnais morts pour la France. Des enfants et des jeunes constituant l'essentiel des rangs de la musique ont donné à la cérémonie l'éclat qu'elle méritait. Des jeunes encore sous l'uniforme des scouts de France, des scouts d'Europe et des jeunes sapeurs pompiers de Fontainebleau-Avon ont montré que la transmission du souvenir avait trouvé sa relève. Des élèves du collège de la Vallée enfin qui ont lu le message de l'U.F.A.C. et aussi des extraits de textes sur la terrible bataille des Eparges.

Le message de l'Union Française des Associations de combattants et de victimes de guerre  (U.F.A.C.)  est lu par une élève du collège de la Vallée.
"Nous célébrons aujourd’hui le 93ème anniversaire du 11 novembre 1918, qui mettait fin à quatre années d’affrontements meurtriers.
Ce jour là, l’Allemagne, a reconnu la réalité de sa défaite militaire et a demandé l’arrêt des combats aux forces alliées.
Rendons hommage aux combattants qui par leur courage et leur abnégation ont su la contraindre à déposer les armes.
Ce conflit a été particulièrement dramatique du fait de l’apparition d’armes meurtrières qui ont provoqué un véritable déluge de feu et de sang.
De cette première guerre mondiale, notre mémoire collective conserve le souvenir des millions de morts, des mutilés, de veuves et d’orphelins.
C’est pourquoi le 11 novembre est inscrit dans la mémoire historique de notre pays. Cette date doit demeurer une journée de recueillement et du souvenir de la première guerre mondiale, préparée au niveau local et de la population et spécialement de la jeunesse.
L’union Française des associations de combattants et victimes de guerre s’emploie à transmettre aux jeunes générations la mémoire des évènements passés et les appelle à une vigilance permanente pour la défense des droits de l’homme et de la patrie.
Vive la république, Vive la France."



Monsieur Jean-Pierre Le Poulain, maire d'Avon, lit le message de Monsieur le président de la République:
"Il y a quatre-vingt-dix ans, au petit matin du 28 janvier 1921, dans un silence qui incarnait à lui seul le deuil de tout un peuple, le Soldat inconnu était inhumé sous l'Arc de Triomphe. La République consacrait le monument élevé aux victoires de la Révolution et de l'Empire à la dépouille d'un simple soldat tombé au cours du conflit le plus meurtrier de toute notre Histoire. 
A travers lui, la France rendait donc hommage à tous ceux qui, comme lui, avaient sacrifié leur vie sur tous les champs de bataille de la Grande Guerre.
Chaque jour, depuis, le ravivage de la Flamme du Souvenir est là pour perpétuer cet hommage et rappeler l'immensité, aujourd'hui presque inconcevable, du sacrifice.
Au fil du temps, les morts de la seconde guerre mondiale, d'Indochine et d'Afrique du Nord furent à leur tour honorés sous l'Arc de Triomphe, mais le 11 novembre est resté une journée consacrée au seul souvenir des soldats tombés au cours de la guerre de 14-18.
La disparition du dernier combattant du premier conflit mondial, le 12 mars 2008, et la perspective des manifestations qui commémoreront, dans deux ans, le centenaire de la Grande Guerre, impliquaient de faire évoluer la portée symbolique de la journée nationale du 11 novembre.
La pérennité du culte qui est rendu quotidiennement sur la place de l'Étoile au souvenir du Soldat inconnu, incarnation même du sacrifice du combattant, permet d'établir une filiation directe entre les différentes générations du feu. C'est le même sang, celui d'un même peuple, qui a été, à chaque fois, versé pour la France et ses valeurs. Que nos soldats soient nés sur le sol de notre pays ou aux confins de nos anciennes colonies, ils sont les enfants d'une même France, les soldats d'une même République à laquelle ils ont fait le don ultime, ce don sur lequel personne ne peut jamais revenir, celui de leur vie.
Ces vies ont été données pour que la France demeure et pour que la République perdure. Quel que soit le lieu, quel que soit le moment de notre Histoire, ce don est sacré et il mérite le même hommage, la même reconnaissance, la même ferveur. La mort au service de la France ne fait pas de différence. Le champ d'honneur est de toutes les guerres et de tous les conflits qui ont impliqué notre pays.
C'est pour cette raison que désormais, chaque 11 novembre, tous ceux qui ont donné leur vie pour la France, que ce soit pour la défense de la Patrie ou lors des opérations extérieures auxquelles notre pays participe, seront également associés à cet hommage solennel de la Nation.
Aujourd'hui, en ce début de XXIe siècle, nos troupes sont engagées en Afrique, au Proche-Orient,en Afghanistan et des soldats continuent à tomber sous le drapeau français pour que notre drapeau,lui, jamais ne tombe.
Il est juste et légitime que ces soldats rejoignent désormais dans la commémoration ceux qui les ont précédés dans le sacrifice au cours du XXe siècle, au service de notre destin et de nos valeurs, pour que vive la République et que vive la France.

Nicolas Sarkozy"

8 novembre 2011

Le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux

Ouverture le 11 nobvembre 2011 du Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux


Fort d'une collection unique en Europe, le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux proposera une vision nouvelle du premier conflit mondial [ 1914-1918 ], à travers une scénographie innovante illustrant les grandes mutations et bouleversements de la société qui en ont découlé. Un patrimoine exceptionnel à transmettre aux nouvelles générations. Un musée d'histoire et de société, pour découvrir des épreuves passées, mieux comprendre la société d'aujourd'hui et construire le monde de demain.

17 octobre 2011

22 octobre 1941, la dernière lettre de Guy Môquet


Châteaubriant, le 22 octobre 1941
Ma petite maman chérie,
Mon tout petit frère adoré,
Mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, à toi en particulier petite maman, c’est d’être très courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi. Certes, j’aurais voulu vivre, mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et René (1). Quant à mon véritable (2), je ne peux le faire, hélas !j’espère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge qui, je l’escompte, sera fier de les porter un jour.
À toi, petit papa, si je t’ai fait ainsi qu’à ma petite maman bien des peines, je te salue pour la dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée.
Un dernier adieu à tous mes amis, à mon frère que j’aime beaucoup, qu’il étudie, qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demie (sic), ma vie a été courte, je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous. Je vais mourir avec Tintin, Michels (3). Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine.
Je ne peux pas en mettre davantage, je vous quitte tous, toutes, toi maman, Séserge, papa, en vous embrassant de tout mon coeur d’enfant. Courage !

Votre Guy qui vous aime.

Guy.


(1) Jean Mercier, Roger Semat, Rino Scolari.
(2) Serge, le frère de Guy Môquet.
(3) Jean-Pierre Timbaud, ami de Guy Môquet [...], et Charles Michels, trente-huit ans, député communiste de Paris, fusillés à La Sablière le 22 octobre 1941.


Guy Môquet
(22 avril 1924 – 22 octobre 1941)
Guy Môquet est avant la guerre élève au lycée Carnot à Paris. Il aime écrire des poèmes et faire du sport. Marchant dans les pas de son père il milite aux Jeunesses communistes. Son père, Prosper Môquet, cheminot et militant syndical est député communiste du 17ème arrondissement de Paris, il a été élu en 1936 avec le Front populaire.
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Hommage rendu à Guy Môquet au lycée Carnot le 27 octobre 1944
(images ina.fr)

Le PCF ayant refusé de condamner l’invasion de la Pologne par les troupes allemandes en septembre 1939, de nombreux militants, dont le père de Guy, sont arrêtés sous l’accusation de « démoralisation de l’armée ». Après la défaite française de mai-juin 1940, l’occupant allemand et le régime du Maréchal Pétain les maintiennent en détention. Près de deux cents d’entre eux sont ainsi internés dans le camp de Choisel, près de Châteaubriant, sous-préfecture située entre Nantes et Rennes.

Après l’incarcération de son père en Algérie, Guy doit quitter le lycée. Avec des camarades des Jeunesses communistes réorganisées clandestinement, il participe à la rédaction et à la distribution de tracts. Ce poème retrouvé sur lui témoigne des idées d’un militant communiste de l’époque :

« Parmi ceux qui sont en prison
Se trouvent nos 3 camarades
Berselli, Planquette et Simon
Qui vont passer des jours maussades
Vous êtes tous trois enfermés
Mais patience, prenez courage
Vous serez bientôt libérés
Par tous vos frères d’esclavage
Les traîtres de notre pays
Ces agents du capitalisme
Nous les chasserons hors d’ici
Pour instaurer le socialisme
Main dans la main Révolution
Pour que vainque le communisme
Pour vous sortir de la prison
Pour tuer le capitalisme
Ils se sont sacrifiés pour nous
Par leur action libératrice.»

Il est arrêté sur dénonciation le 13 octobre 1940 à la Gare de l’Est. Passé à tabac il refuse de livrer les noms de ses amis. Emprisonné d’abord à Fresnes, il est ensuite interné au camp de Choisel le 16 mai 1941.

Un groupe d'internés du camp de Choisel. Guy Môquet est au dernier rang, le 5ème à partir de la droite (n° 5).
Dans le camp les détenus ne sont pas contraints au travail, la vie y est supportable. Guy Môquet est le boute-en-train de la baraque 10, celle des jeunes. Lui qui, à Paris, aimait danser et courtiser les filles s’intéresse à des militantes de l’Union des jeunes filles de France arrêtées comme lui pour avoir distribué des tracts hostiles au régime de Vichy. A travers les clôtures de fil de fer barbelés, il s’éprend de l’une d’entre elle, Odette Leclan.

En juin 1941, après le début de l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes le PCF entre en résistance contre les nazis, prônant la lutte armée, y compris l’assassinat de soldats, surtout des officiers. C’est ainsi que le 20 octobre 1941, à Nantes, après avoir fait dérailler un train de soldats allemands, deux membres des Jeunesses communistes abattent le lieutenant-colonel Hotz, croisé par hasard près de la cathédrale.

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Obsèques du lieutenant-colonel Hotz le 30 octobre 1941
(images ina.fr)

Le 21 octobre 1941, le général Von Stülpnagel, commandant des troupes d’occupation en France, annonce par voie d'affiche : « En expiation de ce crime, j'ai ordonné préalablement de faire fusiller cinquante otages [...] cinquante autres otages seront fusillés au cas où les coupables ne sont pas arrêtés […]. J'offre une récompense [...] de quinze millions de francs aux habitants du pays qui contribueraient à la découverte du coupable ».

En liaison avec les autorités militaires allemandes Pierre Pucheu, le ministre de l’Intérieur du maréchal Pétain, sélectionne des otages communistes « pour éviter de laisser fusiller cinquante bons Français » : 18 détenus à Nantes, 27 à Châteaubriant et 5 Nantais emprisonnés à Paris. Parmi les 27 de Châteaubriant se trouvent des personnalités politiques comme Charles Michels, député de Paris, des responsables syndicaux, mais aussi un médecin, un professeur de lettres d’origine vietnamienne, des instituteurs, un étudiant arrêté lors de la manifestation patriotique du 11 novembre 1940, et des membres des Jeunesses communistes arrêtés pour avoir distribué des tracts, dont Guy Môquet.

Les 27 otages désignés sont transférés dans la baraque 6, où ils disposent d’une heure pour écrire une dernière lettre, puis montent dans des camions en chantant L’Internationale et La Marseillaise qui est reprise en chœur par l’ensemble des détenus restés dans le camp. Juste avant de monter dans le camion, Guy écrit un billet qu’un gendarme remet à Odette : « Ma petite Odette. Je vais mourir avec mes 26 camarades. Nous sommes courageux. Ce que je regrette est de n’avoir pas eu ce que tu m’as promis . Mille grosses caresses de ton camarade qui t’aime. Guy. » A 2 kilomètres de Choisel, dans une carrière de sable, 90 soldats allemands font face à 9 poteaux, plantés tous les 5 m. L’exécution se déroule en trois salves. Tous les condamnés refusent d’avoir les mains liées et les yeux bandés et meurent en criant « Vive le parti communiste ! » et « Vive la France ! » Guy Môquet, le plus jeune des fusillés, s’évanouit. Il est donc attaché inanimé à son poteau d’exécution et fusillé lors de la deuxième salve.

L’émoi en France est considérable. L’opinion qui a d’abord condamné les attentats anti-allemands se retourne contre l’occupant. Churchill et Roosevelt s’élèvent contre ce procédé « qui révolte le monde ». Le 25 octobre, à Londres, le général de Gaulle déclare à la radio : « En fusillant nos martyrs, l'ennemi a cru qu'il allait faire peur à la France. La France va lui montrer qu'elle n'a pas peur de lui [...]. »

Guy Môquet n’est pas le seul jeune à avoir fait le choix de la résistance au prix de sa vie. Ainsi Jacques Baudry, Jean-Marie Arthus, Pierre Benoît, Pierre Grelot et Lucien Legros, élèves au lycée Buffon à Paris meurent fusillés le 8 février 1943 pour faits de résistance accomplis depuis l’âge de 15 ans. Gilbert Dru, étudiant en lettres et résistant est assassiné par la Gestapo le 27 juillet 1944. Les jeunes allemands Hans Scholl (25 ans), sa soeur Sophie (22 ans) et Christoph Probst (24 ans), membres du groupe de résistance La Rose Blanche, sont décapités à Munich pour avoir distribué des tracts pacifistes et antinazis.

« Les camarades qui restez soyez dignes de nous qui allons mourir. » Ce sont les derniers mots gravés par Guy Môquet sur une planche de la baraque 6.

Pour en savoir plus :
Site de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé : http://www.amicale-chateaubriant.fr/
P. –L. Basse, Guy Môquet, une enfance fusillée, Stock, 2000.
G. Krivopissko, F. Marcot, La vie à en mourir. Lettres de fusillés, 1941 – 1945, Point, 2006.
Jean-Pierre Azéma, "Guy Môquet, Sarkozy et le roman national", l’Histoire n° 323, septembre 2007.